La BMW 507 produite entre 1956 et 1959 représente un cas d’étude singulier dans l’histoire automobile. Modèle déficitaire pour BMW à sa sortie, la 507 atteint aujourd’hui des estimations comprises entre 2 000 000 et 2 500 000 dollars pour les exemplaires les mieux documentés, selon les catalogues de ventes à Monterey en 2026. L’exemplaire ayant appartenu à Elvis Presley, châssis numéro 70079, cristallise une part disproportionnée de cette fascination.
BMW 507 aux enchères : un « blue chip » face à la Mercedes 300 SL
Sur le marché des voitures de collection, la BMW 507 appartient au segment dit « blue chip », celui des modèles dont la valeur ne suit pas les modes mais s’apprécie sur le long terme. Les maisons de ventes situent régulièrement le modèle dans une fourchette haute, avec des records autour de 5 millions de dollars pour certains exemplaires d’exception.
| Critère | BMW 507 (1956-1959) | Mercedes 300 SL (1954-1963) |
|---|---|---|
| Production totale | 252 exemplaires | Plus de 3 000 exemplaires (Gullwing + Roadster) |
| Estimation haute aux enchères (2026) | 2 à 2,5 M$ (exemplaires documentés) | Variable selon version, souvent comparable |
| Moteur | V8 3,2 litres, 150 ch | 6 cylindres en ligne, injection directe |
| Designer | Albrecht von Goertz | Friedrich Geiger (intérieur : Karl Wilfert) |
| Succès commercial à la sortie | Échec (coût de production trop élevé) | Succès relatif, surtout aux États-Unis |
Le paradoxe de la 507 tient dans ce décalage entre l’échec commercial initial et la cote actuelle. Avec seulement 252 unités produites, la rareté joue un rôle mécanique dans la valorisation. En revanche, la 300 SL, produite en bien plus grand nombre, bénéficie d’une notoriété de masse qui soutient aussi ses prix.

Châssis 70079 : la 507 d’Elvis Presley retrouvée après cinquante ans
Elvis Presley a pris possession de sa BMW 507 le 20 décembre 1958, pendant son service militaire en Allemagne. Le roadster, livré en Feather White, portait le châssis 70079. Après le départ d’Elvis, la voiture a disparu pendant près de cinquante ans.
Sa redécouverte dans une collection privée a déclenché un chantier de restauration mené par BMW Classic sur deux ans. Le résultat a été présenté le 21 août 2016 au Concours d’Élégance de Pebble Beach, en Californie. Ulrich Knieps, responsable de BMW Group Classic, a supervisé ce travail qui visait à ramener le roadster à son état d’origine.
Authenticité et questions de provenance
L’identification formelle de l’exemplaire a soulevé des interrogations légitimes. La peinture d’origine avait été recouverte, des éléments mécaniques remplacés au fil des décennies. BMW Classic a dû croiser le numéro de châssis avec les archives d’usine pour confirmer qu’il s’agissait bien du modèle livré à Presley.
Cette traçabilité est un facteur déterminant dans la valorisation. Un exemplaire dont la provenance est documentée de manière continue vaut sensiblement plus qu’un modèle identique sans historique clair. Pour la 507 d’Elvis, une offre de 9 millions d’euros aurait été refusée par son propriétaire, ce qui la place dans une catégorie à part, au-delà des estimations standard du modèle.
Moteur V8 et design Goertz : ce qui rend la BMW 507 irremplaçable
Le V8 de 3,2 litres développant 150 chevaux permettait à la 507 d’atteindre 220 km/h en vitesse de pointe. Pour la fin des années 1950, ces performances plaçaient le roadster au niveau des meilleures GT européennes.
Le dessin d’Albrecht von Goertz reste l’élément le plus commenté. Les lignes de la 507 rompaient avec les formes angulaires dominantes de l’époque. Goertz a proposé une silhouette basse, fluide, avec un capot long et un habitacle reculé qui a influencé le vocabulaire stylistique de BMW pour les décennies suivantes.
- Le capot plongeant et les prises d’air latérales créent une proportion qui reste lisible sur les roadsters BMW actuels, de la Z1 à la Z8
- Le double haricot, déjà présent sur la calandre de la 507, est devenu le marqueur identitaire de la marque sur l’ensemble de sa gamme
- La compacité du châssis (empattement court, porte-à-faux réduits) donnait un comportement routier agile, qualité rare sur les GT de cette cylindrée à l’époque

Cote de la BMW 507 en 2026 : pourquoi le modèle résiste aux cycles du marché
Les voitures de collection traversent des cycles de spéculation. Certains modèles voient leur cote baisser de manière significative après un pic. La 507, elle, affiche une stabilité qui s’explique par plusieurs facteurs structurels.
Le volume de production (252 unités) limite mécaniquement l’offre. À chaque vente, le nombre d’exemplaires disponibles sur le marché diminue, car une partie des acheteurs conservent leur acquisition sur le très long terme. Moins de 200 exemplaires seraient encore en circulation selon les estimations des spécialistes du modèle.
L’effet « provenance célébrité »
L’association avec Elvis Presley amplifie la visibilité médiatique de la 507, mais le modèle ne dépend pas uniquement de cette connexion. Les exemplaires sans lien avec une célébrité atteignent déjà des valorisations de plusieurs millions de dollars. L’histoire d’Elvis fonctionne comme un catalyseur de notoriété grand public, qui maintient le nom « BMW 507 » dans les recherches et les publications, y compris auprès de personnes qui ne suivent pas le marché de la collection automobile.
- La restauration par BMW Classic apporte une caution institutionnelle rare pour un véhicule de collection privé
- L’exposition au BMW Welt à Munich garantit une visibilité permanente auprès de centaines de milliers de visiteurs annuels
- Le refus d’une offre à plusieurs millions d’euros alimente un récit médiatique qui entretient la légende du modèle
La BMW 507 occupe une position où la rareté, le design et le récit culturel convergent. Les données de ventes en 2026 confirment que cette convergence ne montre pas de signe d’essoufflement. Pour les collectionneurs comme pour les passionnés d’histoire automobile, le roadster dessiné par Goertz et conduit par Presley reste l’un des modèles les plus recherchés au monde.